Délice que cette route côtière qui file vers le sud, d’Alghero à Bosa. Pas vu une seule maison en quarante cinq kilomètres… Seule une bergerie ponctue le paysage d’une présence humaine et animale. On traverse un maquis continu, souvent à flanc de montagne, à une centaine de mètres au dessus du niveau de la mer, que l’on quitte des yeux un moment, pour la retrouver plus loin, de plus haut. On monte et descend, tourne et vire. La route est très belle, le revêtement lui, est chaotique. Les trous fréquents obligent au zigzag et à veiller au grain.
Et puis c’est Bosa, d’abord son camping, quelques kilomètres avant la petite ville, caché dans la végétation d’un épais maquis, juste en bord de mer. Sauvage on peut le dire. Confort spartiate mais accueil chaleureux. Pas d’emplacements millimétrés ou numérotés – à quoi bon ? – c’est calme et sans chichis ni prise de tête. On va rester quelques jours je pense. Le Guide du Routard s’est apparemment empâté plus vite que nous : ils ne goûtent pas trop le charme un peu rustre des lieux, le reléguant à la catégorie « Plutôt en dépannage… ». On pourrait dire, nous, qu’on a pas trouvé mieux !
Si la douche froide ou chaude est à un euro ici, ce n’est pas par mercantilisme mais par soucis d’économie d’eau, rare et donc précieuse. Avec Nathalie, on ne l’utilise même pas : elle fait sa douche – la dispendieuse – avec une bouteille d’eau de 2 litres chauffée au soleil, je fais mieux qu’elle avec mes 1,5 litres 🤭
Que dire du cadre exceptionnel tout autour ? Pas une construction en béton à des kilomètres. Un petit goût de bout du monde zen et de reviens-y. Et les oiseaux, nombreux et de toutes sortes, on les entend même sur la plage ! Et les insectes, des bourdons et abeilles sauvages en quantité, papillons et coléoptères, et les fleurs, sauvages et d’agrément, partout.

La vue depuis notre emplacement, nous laisse rêveurs.

On réglera notre problème d’ombrage en déplaçant notre campement de quelques mètres : c’est seulement en voyant le parcours du soleil sur quelques heures qu’on a pu savoir où et comment se placer pour ne pas rôtir.

Les galets de la plage sous nos pieds sont de la couleur des pierres dont sont faites les villes sur cette côte, un terra cotta un peu roux.
On file à Bosa, 4 km au sud, découvrir la petite ville. Elle est à peine en retrait du bord de mer, suffisamment pour esquiver le bling bling de la marina, elle laisse un beau passage au fleuve Temo, large et puissant des eaux mélangées, deux ponts l’enjambent, l’un ancien à l’est, l’autre moderne à l’ouest. Sur la berge sud, de drôles de maisons colorées de teintes pâles, un peu hautes : d’anciens ateliers de tanneries réhabilitées en habitations et commerces. Sur la berge opposée, Bosa grimpe dru jusqu’au château de Malaspina, fait de tufs et laves rouges, tout comme les maisons de Bosa, donnant à l’ensemble un air surgis de terre très authentique.



On se glisse dans les ruelles fraîches, en direction du château…


Sur cette berge aussi, les maisons sont peintes d’enduits colorés dans des teintes pastel très douces. C’est la signature visuelle de cette petite ville très vivante.

Nathalie, toujours coquette, avait choisi ses vêtements pour la photo.
Au moment de redescendre par les petites rues, nous tombons en arrêt devant une façade de maison aux multiples portraits scellés. La porte s’ouvre et son propriétaire, un septuagénaire à l’oeil pétillant, cheveux longs et moustache blanches, en tenue de cycliste, arborant un maillot du Giro, son vélo de course blanc à la main, nous entreprend : c’est moi qui les ai faits dit-il, plus amusé que fier.
– Oh vraiment ? C’est magnifique, bravo !

Il nous voit très attentifs à ses sculptures et nous propose d’entrer un moment chez lui. Nous le suivons. Dans une pièce fraîche, peu lumineuse, entre salon et atelier, il nous montre d’autres sculptures, sur bois, des racines devenues araignées dans ses mains, une autre racine forme une Méduse très convaincante. D’un meuble à porte vitrée, il en sort deux énormes couteaux, les manches sont finement sculptés dans du bois, en fait, de la corne de Cerf. En bout de manche, on y reconnaît son autoportrait, un faciès de Mousquetaire enjoué. Ce monsieur surnommé Michel Ange dans son quartier, dit que c’est à moitié vrai, Michel en moins. Se prénommerait-il Ange ?
Il a tout appris seul, sans autre méthode que celle de faire et refaire avec passion, il semble lui même incrédule. Ça s’est fait comme ça, dit il le regard un peu vague.
Il nous montre encore une coque de bateau d’une longueur de soixante centimètres environ, taillée dans un bloc de pierre grise très dense. Le niveau de détails, les proportions, le réalisme, tout y est. Aussi, une magie opère, celle un peu désespérée des combats perdus d’avance. L’ensemble nous touche rapidement, profondément et confusément. Quel peut-être en effet le destin d’un bateau de pierre ? Et pourtant il existe fièrement, malgré tout.
On se salue chaleureusement, il reprend son vélo en main et nous redescendons vers le fleuve, heureux de cette belle rencontre. Merci monsieur l’Ange. Longue vie à vous et à vos sculptures.

On reprend notre fier destrier à 3 roues, il n’a pas aimé la station prolongée en plein soleil. Le lanceur de démarreur colle. Une petite caresse sur ses joues, rouges il renacle un peu et démarre finalement. Retour au camping, un petit tour sur la plage juste avant le coucher de soleil…

Que dire à part » Whaouh » …. ✨
Bises