Oristano est une petite ville portuaire, avec des installations industrielles liées au pétrole, au gaz, à l’énergie électrique, aux transports routiers et au ciment ( le Français Vicat). Le combo géant au niveau pollution ! C’est aussi une ville qui a une histoire mouvementée, et un centre ancien fort agréable.

Mais pourquoi des amphores ? Mais pourquoi à l’envers ? On marche là dessous, moins tranquillement que sous les habituels parapluies.
Oristano était la capitale du judicat d’Arborée (à peu de choses près l’actuelle province d’Oristano) jusqu’en 1410, après l’abandon de la première capitale, Tharros ( un fameux site archéologique que l’on visitera demain). En 1637, pendant la guerre de Trente Ans, la flotte française commandée par la comte d’Harcourt débarquait et prenait possession de la ville en détruisant ses fortifications. Voilà pourquoi on en a effectivement pas vues, sauf deux tours rescapées…

Encore des Français belliqueux et violents, comme on l’a été avec le peuple Turc à Gazientep… On est pas des Américains mais sur la question coloniale (en fait, piller, spolier, tuer, violer, capter des ressources et des flux), on a eu du niveau nous aussi. Ce que notre génération a appris à l’école sous les euphémismes de « Cochinchine Française » et « Algérie française » étaient encore des sujets tabous et on s’aperçoit chaque jour que ça perdure…
Mais parlons de ce qui est vraiment nouveau, positif et révolutionnaire à cette époque dans cette région de Sardaigne : c’est une femme qui en est à l’origine. Elle s’appelle Eleonora d’Arborea, elle est la régente du judicat d’Arborée à partir de 1383. Elle est célèbre pour avoir promulgué la Carta de Logu, véritable code civil avant la lettre. Elle reste un symbole d’indépendance et de liberté pour le peuple sarde au même titre que Giovanni Maria Angioy.

La statue que la ville a érigé en mémoire d’Eleonora d’Arborea
Cette charte, déjà promulguée par son père mais contrariée plusieurs fois dans sa mise en application, est écrite en langue sarde, elle montre une conception moderne du droit et de la personne. Elle témoigne de la conception que se font les Sardes de l’État à cette époque en intégrant les apports des civilisations passées romaine et byzantine et les traditions indigènes (coutumes et institutions vraisemblablement issus de la culture nuragique).
Éléonora d’Arborea promulgue finalement avec succès la Carta de Logu en 1392. Ce codex précurseur en Europe, confirmé comme loi nationale des Sardes lors du parlement tenu à Cagliari en 1421, restera en vigueur sur l’île jusqu’au 16 janvier 1827, date de son remplacement par le code de Charles-Félix de Savoie.
À la fois code civil et code rural, c’est un ensemble de lois très progressistes, traitant de sujets divers tels que la paysannerie (amélioration du vignoble, de l’élevage porcin,…), prévoyant que la plupart des violations sont passibles d’amendes plutôt que de châtiments corporels, donnant aux femmes des garanties sur les droits de propriété stipulant que les garçons et les filles héritent de manière égale…
Voilà comment commence notre parcours dans la ville et c’est fort stimulant.

Notre dame de l’Assomption : d’un abord extérieur plutôt discret, l’intérieur est d’un foisonnement stylistique incroyable.

L’ensemble laisse de prime abord un goût de rococco, puis on en vient à penser que c’est un exercice de style parfaitement délibéré auquel se sont livrés les architectes e/ ou commenditaires successifs.

Ici dans une église voisine, l’usage d’une couronne de lampes à LED blanches autour de Marie mais aussi de son auréole, surprend. La friction des codes chrétiens de la dévotion rencontrant ceux de la publicité bon marché des produits discount : voilà qui a de quoi exciter l’intérêt des amateurs d’art contemporain.
Retour en ville, on enfourche le side pour chercher la boutique Piaggio aperçue avant hier dans le coin. J’expose le problème de la prise USB en panne, le patron m’envoie vers une autre boutique, me disant qu’eux sauront quoi faire. On finit par trouver, dans un coin de zone industrielle improbable.
Un chouette garage moto, le mécano essaie de sauver la prise en soufflant de l’air dedans, en y envoyant du nettoyant contacts, rien n’y fait. Il nous conseille de tenter d’en trouver un neuf au méga bazar chinois, en ville… et là bingo, il n’en restait plus qu’un, qu’on emporte pour 9,90 euros et quelques connecteurs rapides pour l’adapter au circuit de la Guzzi.
Ce sera chose faite le soir même. L’usage du GPS, surtout lors des traversées des villes, nous est devenu indispensable, aussi, bien contents que ce problème soit résolu. Servitude quand tu nous tiens…
