À 8 heures le 1 juillet, on sort du bateau fissa et commence la route du retour jusqu’à Montreuil. L’autoroute italienne, très peu de bandes d’arrêt d’urgence, y compris dans les tunnels, il faut croiser les doigts pour ne pas tomber en panne. Aux arrêts à la pompe, « Ma che bella » ! « Il mio marito vuole la stessa… » me dit la pompiste. Son mari veut la même ! Plus loin on me demande la cylindrée, plus loin si le side est aussi de chez Triumph, plus loin encore on me fait des signes de mitrailleuse… TacTacTac… Ah mais non, celui-là n’est pas un militaire, il a la couleur des véhicules des Eaux et Forêts !
La moto est impeccable, constante, agréable sur les grandes routes comme sur les petites, elle pêche seulement par manque de souplesse aux très faibles vitesses où il faut jouer de l’embrayage sans cesse. Seul (petit) déboire : un rayon cassé sur la roue du panier, que j’ai attaché au collier rilsan pour qu’il ne bouge pas : à remplacer à notre retour. Ah oui, et un faux contact qui nous a fait perdre l’usage des clignotants pendant le voyage. Avant de partir, j’ai dû m’y reprendre à trois fois pour en localiser l’origine, il m’a fallu remplacer le connecteur fautif et c’était réparé. Ce fut fait au camping Aginara la veille de prendre le bateau. Je ne me voyais pas envisager le retour sans clignotants.
On a prévu de faire les 1.200 km en trois fois 400 km, donc en deux étapes (ahah la question des intervalles !), la dernière étant chez nous à Montreuil. C’est beaucoup avec le side chargé, mais reste correct sur autoroute où le poids sur la direction ne se fait pas trop sentir, et puis je me suis habitué. Première étape par autoroute juste avant le tunnel du Gothard, arrêt au camping éponyme que l’on connaît déjà, dans le Ticino, Suisse italienne. Puis le lendemain, de là jusqu’au camping municipal de Port-sur-Saône, sur autoroute en Suisse puis sur de petites régionales de montagne et la nationale 19 en France. Une étape mixte plus fatiguante mais beaucoup plus vivante.
Nous avons choisi cette année une route plus à l’est. Le tunnel du Mont-Blanc est cher (37 euros l’aller en moto) et son accès (des deux côtés) fréquemment ralenti sur plusieurs kilomètres, pas évident en side, où le moteur ne refroidit que si on roule. Bref, avec ce nouvel itinéraire, en venant de Venise, à Milan on monte de suite au nord (A9) vers les lacs de Côme (IT) puis Lugano (CH), on emprunte le tunnel du Gothard (2) qui est inclus dans le pack autoroutier annuel Suisse (45 francs) puis on continue vers les lacs de Lucerne (CH) et de Sempach (CH) puis on file sur Bâle, puis Belfort où on prend la nationale 19 jusqu’à Port-sur-Saône. Cette route est un peu plus longue, mais encore beaucoup plus intéressante, un bon mix autoroutes-nationales-départementales, le tout en montagne.

Peu d’images à vous montrer, si ce n’est cette photo prise près du camping Gottardo, en Suisse Italienne. On est partis à pied du camping ce soir là, à la recherche d’un improbable restaurant, où une improbable serveuse, nous a servi d’improbables plats, à des prix très probablement Suisses et bien barrés. Comme le disent éloquemment ces nuages, nous nous sommes pris dès notre retour au camping, une bonne drache sous la tente, qui nous a confirmé que la pluie n’était pas sa tasse de thé. On a bien noté.
Le lendemain, on filait comme le vent (qui sèche tout pendant qu’on roule) vers l’étape du jour : Port-Sur-Saône. Je n’aurais sans doute jamais choisi cette étape si ce nom ne m’avait pas interpellé : j’y suis venu à l’âge de 16 ans, pour un stage de pilotage de motocross d’une semaine, avant que je ne commence les compétitions, animé, je m’en souviens, par le champion national 250 cc d’alors : Daniel Péan, impérial avec sa Maïco.
Mais, Port-sur-Saône, c’était aussi sur notre itinéraire, le bon endroit pour faire étape à son camping municipal… Un poème de camping, à 9 euros 50 la nuit, pour deux, évidemment. Le record absolu du camping pas cher et cependant bien arboré, avec piscine, eau chaude, situé sur une île sur la Saône, et bordant un parc forestier…

Là où nous avons posé notre tente, des Daims et un Alpaga viennent ici le soir manger quelques mets inconnus de nous.

Pas farouches, ils sont ici en captivité et ont apprivoisé le voisinage des humains.

Ce mâle est venu tout près lorsque je l’ai appelé pour lui demander si je pouvais faire une photo.

Il m’a de suite offert son meilleur profil, tellement surpris, j’ai du coup manqué mon cadrage, qui masque la totalité de ses bois.


Il reste à refaire le chargement pour le départ demain matin. Un petit restau fort agréable au port de plaisance tout près d’ici, et une nuit où on a craint d’être au cœur d’un orage de dingue… Il s’est agité très bruyamment quelques heures, mais en restant à distance, ouf.
Le lendemain, notre dernière étape jusqu’à Montreuil, par la nationale 19 sur laquelle on voit plusieurs pancartes « N19 – nationale de la mort »… On y roule pourtant la plupart du temps à 80, quand on respecte la vitesse limite. Puis c’est l’autoroute A5 où il faut bien évaluer les distances entre les stations-services quand on a un véhicule avec une petite autonomie… et un bidon de secours vide !
Séquence pluie sur le coup de midi, intense mais pas trop longue, on sèche en une heure en roulant, mais il faudra cette fois tout de même que je me change complètement.
Notre périple s’achève en bouchon accordéon aux abords de l’A86. Mais on a fait le plein de soleil, de mer, d’Ouzo, d’olives, de pastèques et de féta. On a aussi fait connaissance avec quelques belles âmes Grecques, avec des lieux superbes et parfois magiques, et avec le chacal doré, alors…
À bientôt les zami.e.s !
Bienvenue à Montreuil.
Ici on est bien!
Vous m’avez régalée tout le long de votre voyage.
J’ai bien voyagé, appris ma géographie Grecque, me suis cultivée.
Un grand merci à vous pour ces récits.
J’espère que vous avez un autre voyage en tête, ça va me manquer!
À bientôt