Lefkada ( l’île)

Quitté Kato Riza et son petit camping familial chaleureux, pour rejoindre par la côte direction sud, cette drôle d’île de Lefkada. Pourquoi drôle, parce qu’elle a le statut d’île Ionienne alors qu’elle est reliée au continent par un tunnel sous la mer d’environ 800 mètres, puis d’une route sur digue d’un petit kilomètre. Vous me direz que la Grande Bretagne n’a pas perdu son statut d’île avec le tunnel sous la Manche, elle l’a même confirmé, si besoin était, avec le Brexit, mais je m’égare.

L’environnement dans toute cette région est incroyable, on n’est jamais sûr de ce qu’on voit, la complexité d’intrication des flux d’eaux et du morcellement des terres crée sans cesse la surprise. Seuls les oiseaux donnent l’impression d’y être chez eux.

Puis nous arrivons à Lefkada (la ville) où nous ne faisons qu’une courte pause le temps des courses au supermarché. Nous y reviendrons car l’ambiance et les environs de cette petite ville nous ont plus. Nous ne sommes plus qu’à 35 km de Poros (soit environ la distance du Nord au Sud de cette petite île) où nous avons l’intention de rester une dizaine de jours.

Le camping Poros est lové à l’arrière de la petite mais accueillante Poros Bay, il faut vouloir venir ici : petite route et déclivité importante la maintiennent au calme. Quelle tranquillité ! Certes il y a déjà plusieurs complexes de locations d’appartements, quelques hôtels, mais aussi beaucoup de verdure : toute la baie est entourée d’un épais maquis, tout y est orienté vers la mer. En journée comme en soirée, les maîtres des lieux sont ici les oiseaux, de toutes sortes et toutes voix : un orchestre sans cesse recomposé. Et comme aucun lieu des environs n’a eu l’idée de couvrir l’orchestre… c’est magnifique !

Après avoir monté notre campement, on goûte à la plage de galets de la Poros Bay. L’eau y est verte de ce côté ci, on pense (hypothèse) que c’est dû aux sources d’eau douce, qui s’écoulent en mer entre les rochers. Cette partie de la plage a de fait une eau très froide !

Pas la première fois qu’on voit ces pédalos déguisés en taxis londoniens, pas eu le temps de voir si cela faisait rire les anglais en vacances ici.

Dès le lendemain matin, on part, débarrassés de tout le barda de camping, virevolter sur les petites routes environnantes. On a repéré quelques endroits à découvrir… Sur la route qui mène au phare d’Akrotiri à la pointe sud de Lefkada.

Le side en mode léger redevient non seulement conduisible mais agréable, vif et joueur. Sur la route on fait connaissance avec Gianni, motard Italien de Bergame en Honda Transalp, qu’on retrouvera plusieurs fois sur le chemin, reprenant la conversation là où on l’avait laissée.

On est ici à la pointe sud de l’île, au pied du phare.

Il y a sur ces rochers, sur cette falaise plus précisément, une histoire qui nous vient de 500 avant J.C. La célèbre poétesse Sapho s’y serait jetée pour se guérir d’un chagrin d’amour avec le poète Phaon… qui est un personnage mythologique… On dit qu’un saut ici vous prend la vie, ou vous rend votre amour perdu. Une variante du mantra contemporain : « Seul le pénitent le passe… » ? (Voir « Indiana Jones et la Dernière Croisade »).

D’un peu plus loin, et c’est d’ici que le phare est le plus beau, on comprend à ces quelques degrés d’inclinaison du rocher, que cette falaise n’offre qu’exceptionnellement le retour à l’être aimé, dans cette vie.

Encore tout ébaubis du funeste destin de Sappho, nous reprenons notre route, un peu penauds, avec Dédé, notre fier destrier. (Nous avons décidé de l’appeler ainsi parce que son immatriculation contient DD.)

Un peu plus loin, nous poussons les portes du monastère Agios Nikolaos, tenu par une adelphie orthodoxe. Une seule photo ici, le portique aux cloches très originales.

La Hittite, visiblement en proie au doute, quand au pouvoirs rédempteurs de cette falaise ci.

Nous sommes ici dans un lieu dit des terres rouges. La parfaite rotondité du lieu, sa taille, la couleur de la terre – Mars ou le nouveau Mexique – et la hauteur de la falaise semblent propices à l’installation d’une secte post Saphique. A suivre.

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