Poros et le Chacal doré

A la table du bar du camping, on compare nos bières ce soir là. Pour moi, la Mamos est la meilleure des deux, après voilà.

Il y a dans ce lieu beaucoup de beaux arbres, oliviers, platanes, muriers. A la sieste, au heures les plus chaudes, les arbres sous lesquels on a planté notre tente grésillent au contact des lignes électriques qui passent au dessus.

J’ai regardé sur le web, savoir quel voltage passait par ici : avec 2 isolateurs de verre transparent ou vert, sur poteaux de bois, en béton ou en métal, c’est entre 10.000 et 20.000 volts sur chaque câble. J’ai parlé avec la patronne au sujet de ses arbres, elle m’a dit que ça a fait 3 ans qu’elle a prévenu et qu’elle relance la régie électrique… mais ils ne sont jamais venus. Elle espère qu’il n’y aura pas de départ de feu cette année encore… On l’a vu à plus d’un endroit, la Grèce a des services publics dézingués et les Grecs semblent faire contre mauvaise fortune bon cœur, impuissants à faire bouger les choses, ils sont résignés mais restent en colère.

Le camping est situé au niveau de la plage à Poros Bay, mais le village de Poros lui, est à 5 km plus haut dans la montagne. C’est là que nous sommes allés une après midi à la météo entre chiens et loups, par le vieux sentier et non par la route.

Le village est peu habité, on l’a atteint par la traversée d’une alternance de parcelles d’oliviers et de maquis qui bordent un ruisseau à sec. L’eau circule toutefois mais dans 3 gros tuyaux de plastique noirs qui alimentent des maisons plus bas et ce, jusqu’à la baie.

Le sentier ne sert vraisemblablement plus depuis longtemps vu la hauteur des herbes, on entend quelques serpents ou mulots glisser sur les côtés à mesure qu’on avance, on se retrouve vite avec des petits grattons qui piquent accrochés aux chaussettes. Ça et là quelques marques d’anciennes activités agricoles, filets à olives jonchant le sol, outils rouillés, fût de 200 litres itou, chaises et tables en plastique cassées. Des chiens de chasse nous ont entendus et jappent.

Surprise au centre du village, cette petite place, son organisation et ses fresques témoignent de la vie du lieu, fluette mais présente. Sur la même place, le café qui fait aussi épicerie et bibliothèque est malheureusement fermé, sans indications d’horaires. Dommage ! Car l’endroit est très accueillant et agréable.

On redescend par le sentier, y compris dans sa partie basse, que nous n’avons pas empruntée à l’aller, Là, après une petite zone de décharge sauvage en plein maquis, deux chiens de ferme semblent nous avoir repérés et aboient à notre passage. Nous ne les voyons pas encore. Au moment où on les voit, ils battent subitement en retrait. Mais ce n’ est pas de nous qu’ils se détournent, mais d’un animal que l’on voit maintenant nous aussi, face à nous à une cinquantaine de mètres.

A la première image et sensation, je pense au Lynx ou à l’Ocelot. Après un bref mais intense échange de regards avec nous, il se détourne et disparaît très gracieusement dans le maquis. Nous regardons une fois rentrés des images de ces animaux, l’Ocelot est écarté car ce n’est pas du tout son aire géographique, mais le Lynx oui. Nathalie n’est pas convaincue, on cherche quel animal pourrait correspondre à celui que nous avons vu, avec une longue queue ce dont nous sommes d’accord, ce pourrait être le Chacal doré. D’un gabarit entre loup et renard, il emprunte aux deux et semble en être un doux mélange. Je suis d’accord sur la taille, mais pas sur la tête, ce que j’ai vu tenait d’un félin (tête ronde, oreilles pointues, démarche chaloupée) bien plus que d’un canidé.

Le chacal doré fait depuis peu un retour en Europe et en France ( Haute Savoie).

Le Lynx des Balkans, en danger critique d’extinction.

Alors, qu’avons-nous vu ? Chacal ou Lynx ? Nous ne savons pas le dire, mais il avait un regard profond dont on se souvient avec netteté.

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